L’épanouissement des manufactures de faïence en France

Au Moyen Âge, la faïence est connue dans toute l’Afrique du Nord, puis se diffuse en Espagne, en Italie et en France. Nevers, Lyon, Rouen, Marseille et Moustiers sont des centres français qui prennent toute leur importance à la fin du XVIIème siècle. Auparavant, on trouve surtout de la majolique fabriquée par des artisans italiens présents dans le pays. Peu à peu, les goûts se transforment, ce qui aboutit à une création française originale.

Nevers
Nevers fut le premier centre faïencier du royaume de France au XVIIème siècle. La faïence de Nevers connut un fort développement à partir de la fin du XVIe siècle lorsque Louis de Gonzague, duc de Nevers, fit venir des faïenciers d'Italie, les frères Conrade, originaires de Mantoue. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la faïence de Nevers était à son apogée. Concurrencée par la faïence anglaise et par la porcelaine, elle connut ensuite un fort déclin avant d'être relancée à la fin du XIXe siècle. L'une des caractéristiques de cette céramique est un décor vitrifié en même temps que l'émail du support, ce qui exclut les retouches. Si les premières pièces sont réalisées dans un style italien, les décors évoluent au cours du XVIIe siècle, avec le fameux « bleu de Nevers », empruntant non seulement à la tradition française, mais aussi à l'iconographie flamande, persane et chinoise. Au XVIIIe siècle, la faïence devient plus populaire avec une production de pièces patronymiques puis, sous la Révolution, des faïences patriotiques.

Lyon
La proximité géographique avec l’Italie favorise le développement de cet art. On attribue à Lyon nombre de pots de pharmacie ou albarelli (pots cylindriques très allongés) qui se distinguent par leur caractère ornemental et la franchise des couleurs utilisées tel que le jaune ocré très puissant. Les Lyonnais s’adonnent également à la faïence blanche, très convoitée en Europe. Des plats aux bords chantournés ornés de figures et de décors architecturaux, datant de la seconde moitié du XVIIIe siècle, sont attribués à cette ville.

Moustiers
C’est au XVIIe siècle qu’Antoine Clerissy « potier de terre » italien installé à Moustiers prend connaissance de la technique de la faïence. Moustiers est alors une petite ville où la faïence devient la principale ressource. La faïence en camaïeu bleu à décors historiés, armoriés ou à décors dits à la Bérain est caractéristique. Les décors polychromes à médaillons et guirlandes, à la fleur de pomme de terre ou à grotesques sont aussi très fréquents.

Marseille
Tout comme Nevers, ce centre n’a pas connu d’interruption dans sa production pendant plus d’un siècle. C’est au XVIIe siècle que le fameux potier de terre, Antoine Clerissy commence à produire des pièces de grande qualité. Les faïences marseillaises sont généralement de grandes tailles. La présence d’un décor mouluré, historié, floral et animalier est fréquente. La palette comprend surtout du bleu et du rouge, mais aussi du vert, du jaune et du manganèse, celui-ci allant vers les tons de violet, mauve, brun ou noir.

Rouen
La faïence rouennaise apparaît au XVIe siècle avec Masseot Abaquesne. Rouen est considérée comme la ville inventrice de la porcelaine tendre en France. La décoration, d’abord sobre et limitée à la périphérie des objets, devient progressivement de plus en plus recherchée et recouvre l’ensemble des pièces. À son apogée, Rouen compte jusqu’à 22 fabriques. Outre les plats et assiettes, ce centre produit moutardiers et boîtes à épices, huiliers, jardinières et rafraîchissoirs, saucières, saupoudreuses ou théières. Aucun domaine n’échappe aux faïenciers rouennais. La fin du XVIIe siècle voit l’apothéose de la technique d’ornementation originale caractéristique de la faïence rouennaise connue sous le nom de style rayonnan.
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