J’ai rendez-vous avec vous !

Chanson Georges Brassens
Sonnets Pierre de Ronsard

Compte-rendu du spectacle du 2 juin

Le cycle 2022 des rencontres des Amis des arts a débuté le 2 juin 2022 par un rendez-vous avec Georges Brassens et Pierre de Ronsard, que nous ont proposé Catherine Weissmann, Marie-Line Schrotzenberger et Marc Aubert.
Catherine Weissmann est bien connue, cette professeure de français qui se consacre aujourd’hui au théâtre, à la lecture publique, au chant, a donné plusieurs conférences à Marcigny. Les Amis des arts se souviennent particulièrement de la soirée consacrée à Francis Blanche.
Marie-Line Schrotzenberger vit à Montpellier. Comédienne, écrivaine et metteuse en scène, elle a créé sa compagnie, l’Aparthéâtre.
Marc Aubert est à la guitare. Il fut dans, dans notre région, responsable d’établissements scolaires secondaires.
Le spectacle qu’ils présentent est, à quatre siècles de distance, un dialogue et même une complicité entre ces deux poètes que furent Ronsard et Brassens, à travers une douzaine de chansons de l’un et autant de sonnets de l’autre.

Mort à 60 ans, en 1981, Georges Brassens fait partie de notre patrimoine artistique. Tout au long de sa carrière il a mis en musique, interprété, adapté les textes de plusieurs poètes
(Aragon, Musset, Corneille, Paul Fort, Hugo, James, Richepin, Villon, La fontaine, Pierre de Ronsard…).

Georges Brassens en 1966 (wiki commons)

Pierre de Ronsard avait 25 ans en 1549, lorsqu’il fonda, avec Du Bellay et Baïf, la Pléiade. Son œuvre de poète est considérable : il est tout autant un poète engagé dans le contexte des guerres de religions que l’auteur d’une poésie lyrique et de l’amour.

Le décor est simple : une table basse sur laquelle reposent des objets de déco, un fauteuil, un portrait de Brassens, œuvre d’un artiste de Marcigny, Bernard Türck.

De Ronsard nous sommes toujours éblouis par ce célèbre « Quand vous serez bien vieille » et sensibles à cette langoureuse passion de « Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse ».

Quand vous serez bien vieille
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant : Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle.
Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle, Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s’aille réveillant, Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serai sous la terre et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos : Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain : Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.

Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1578

Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse
Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse, Pour ce bel œil, qui me prit à son hain, Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein D’ambre et de musc, baiser d’une Déesse.
Je veux mourir pour cette blonde tresse, Pour l’embonpoint de ce trop chaste sein, Pour la rigueur de cette douce main,
Qui tout d’un coup me guérit et me blesse.
Je veux mourir pour le brun de ce teint, Pour cette voix, dont le beau chant m’étreint Si fort le cœur que seul il en dispose.
Je veux mourir ès amoureux combats, Soûlant l’amour, qu’au sang je porte enclose, Toute une nuit au milieu de tes bras.

La majeure partie du public connaît la plupart des chansons de Brassens, mais une voix féminine, un accord de guitare, et nous voilà à nouveau sous le charme en entendant chanter l’amour et la femme comme peu ont su le faire. Les pétales de roses répandues sur scène ont chacun un nom : Germaine, Hélène, Pénélope, Jeanne, Lisette, Fernande, Aurore, Marguerite et elles nous sont toutes familières.

Une jolie fleur
Jamais sur terre il n’y eut d’amoureux
Plus aveugles que moi dans tous les âges Mais faut dire que je m’étais crevé les yeux En regardant de trop près son corsage
Une jolie fleur dans une peau de vache
Une jolie vache déguisée en fleur
Qui fait la belle et qui vous attache
Puis qui vous mène par le bout du cœur
Le ciel l’avait pourvue des mille appas
Qui vous font prendre feu dès qu’on y touche L’en avait tant que je ne savais pas
Ne savais plus où donner de la bouche
Une jolie fleur dans une peau de vache
Une jolie vache déguisée en fleur
Qui fait la belle et qui vous attache
Puis qui vous mène par le bout du cœur
Elle n’avait pas de tête, elle n’avait pas L’esprit beaucoup plus grand qu’un dé à coudre

Mais pour l’amour on ne demande pas
Aux filles d’avoir inventé la poudre
Une jolie fleur dans une peau d’vache
Une jolie vache déguisée en fleur
Qui fait la belle et qui vous attache
Puis qui vous mène par le bout du cœur
Puis un jour elle a pris la clef des champs En me laissant à l’âme un mal funeste
Et toutes les herbes de la Saint-Jean
N’ont pas pu me guérir de cette peste
Je lui en ai bien voulu, mais à présent
J’ai plus de rancune et mon cœur lui pardonne D’avoir mis mon cœur à feu et à sang
Pour qu’il ne puisse plus servir à personne
Une jolie fleur dans une peau d’vache
Une jolie vache déguisée en fleur
Qui fait la belle et qui vous attache
Puis qui vous mène par le bout du cœur

Dans l’eau de la claire fontaine
Dans l’eau de la claire fontaine Elle se baignait toute nue
Une saute de vent soudaine
Jeta ses habits dans les nues
En détresse, elle me fit signe Pour la vêtir, d’aller chercher
Des monceaux de feuilles de vigne Fleurs de lis, ou fleurs d’oranger
Avec des pétales de rose
Un bout de corsage lui fis
La belle n’était pas bien grosse Une seule rose a suffi

Avec le pampre de la vigne
Un bout de cotillon lui fis
Mais la belle était si petite Qu’une seule feuille a suffi
Elle me tendit ses bras, ses lèvres Comme pour me remercier
Je les pris avec tant de fièvre Qu’elle fut toute déshabillée
Le jeu dut plaire à l’ingénue
Car à la fontaine souvent
Elle s’alla baigner toute nue
En priant Dieu qu’il fît du vent Qu’il fît du vent

Le spectacle prend fin avec la reprise, par tous les spectateurs du refrain des Amoureux des bancs publics.

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques.

Compte-rendu et photos par Jacky Darne.

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