En Brionnais, un vignoble florissant malgré aléas et conjonctures

Par Daniel Margottat – Conférence du 23 novembre 2021 – Compte-rendu par J. Darne

Daniel Margottat, professeur d’histoire, géographie et français à la retraite, se consacre à l’histoire du Brionnais et de ses personnages. Il publie des articles dans la revue Mémoire brionnaise et vient d’écrire un bel ouvrage, à la riche iconographie, consacré au Vignoble brionnais à travers son histoire.

Dans son exposé, le conférencier décrit depuis la Gaule gallo-romaine jusqu’à aujourd’hui l’histoire du vignoble en cherchant, à chacune des étapes, à comprendre les faits et circonstances qui expliquent les évolutions.

1. Une histoire ancienne, dont la connaissance précise remonte à 1055

Il est avéré que les Romains cultivaient la vigne et faisait commerce du vin. Leur arrivée en Gaule marque les débuts du vignoble sur ce territoire qu’ils ont conquis. Il est donc tout à fait concevable que le vignoble brionnais trouve là son origine. Mais les sources documentaires manquent et ce n’est qu’à partir de 1055 que les descriptions peuvent être plus précises et plus sûres. Le cartulaire de Marcigny évoque le premier les donations de biens et terres et parlent des vignes. Ensuite des textes font références à la vigne tout au long des siècles qui suivirent.

2. Aléas et autres difficultés rencontrés au cours des siècles

Les aléas climatiques sont les plus évidents, gelées et grêles étant les plus fréquents. A cette période les hivers sont plus rigoureux, les étés chauds, et l’automne et le printemps pluvieux.

Les contraintes financières pèsent lourdement sur les épaules des exploitants ; dîmes, corvées.

Le problème des transports est important en l’absence de vraies routes. Seule la Loire permet un écoulement de la production non consommée sur place en direction de Paris. Mais les péages et autres octrois alourdissent les coûts.

A ces difficultés, il faut ajouter celles dues aux actions humaines et aux épidémies. Les guerres de religion sont coûteuses tant par les destructions que par les réquisitions ou les confiscations de biens. Lors de grandes épidémies, une part importante de la population meurt.

Pourtant le vignoble se développe grâce à la qualité des terres, à l’orientation des coteaux.

Le vin du brionnais n’est pas un vin de très grande qualité si l’on en croit les commentaires des voyageurs dans notre contrée. C’est un petit vin au faible taux d’alcool, autour de 7 à 8°. Il ne vieillit pas et il faut le boire dans l’année. Le vin de cuve, recueilli après foulage, est préféré au vin de pressurage obtenu après passage des grappes au pressoir.

3.  C’est au 19e siècle que le vignoble devient florissant

Plusieurs facteurs l’expliquent : après la Révolution, de nombreux vignerons deviennent propriétaires de leurs terres, les voies de communication s’améliorent grâce aux canaux, chemins de fer et routes, le vin se vend bien. Le vignoble se développe parallèlement à d’autres réussites régionales : la race charolaise est en plein essor, tout comme l’industrie.

L’enquête agricole de 1852 donne les surfaces du vignoble : canton de Marcigny 709 hectares, canton de Semur 1 317 hectares. Il faut ajouter 137 hectares sur le canton de la Clayette et 192 sur celui de Chauffailles.  Au total le vignoble atteindra, dans les années suivantes, 4 000 hectares.

La consommation de vin dans le Brionnais est estimée à environ 60 litres par an et par personne.

4. Un terrible coup d’arrêt : le phylloxéra

Apparu dès 1865 dans le sud de la France, le phylloxera touchera tout le pays, divisant par trois la production nationale.

Il arrive dans le Brionnais à partir de 1882, à Fleury-la-Montagne et il s’étendra sur la totalité du vignoble au cours des 12 années suivantes.

Les traitements sont longs, difficiles, et coûteux : le sulfure de carbone est testé puis abandonné, la plantation de variétés américaines plus résistantes n’est pas non plus la panacée.

La solution la plus retenue et la plus efficace consiste à greffer des plants français sur des porte-greffes américains.

En 1910 une bonne partie du vignoble est reconstituée.

5. Au 20e siècle : la quasi-disparition du vignoble

Cette reconstitution du vignoble n’est pas pérenne. La guerre de 1914-1918 va porter un terrible coup au vignoble. Avant le machinisme, le travail est essentiellement manuel. Les hommes partent à la guerre et beaucoup meurent ou sont blessées. Les femmes prennent autant qu’elles le peuvent le relais. Mais cela ne suffit pas. Les vignes sont abandonnées.

Après la guerre, la population brionnaise continue de diminuer de façon très importante.  Il manque de bras. Les jeunes préfèrent souvent travailler dans l’industrie garantissant un revenu régulier, plutôt que dépendre des aléas d’une production agricole.

Les problèmes sont aggravés par l’évolution de la production de vin en France : il y a surproduction. Le vin se vend mal et les prix chutent.

Le vignoble brionnais disparaît en quasi-totalité.

Mais depuis 1990 il y a une relance grâce à des passionnés de la vigne et du vin.

Le vignoble brionnais a un avenir.

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