Pourquoi des musées ? Michèle Simonin Professeur et philosophe

Conférence du 24 août 2021

Professeur de philosophie, Michèle Simonin est également guide conférencière. Elle intervient régulièrement au musée du Hiéron de Paray-le-Monial.
Michèle Simonin s’est, au cours de la période récente de pandémie, interrogée sur l’existence même des musées. Puisqu’ils n’ont pas le caractère essentiel que peut avoir une épicerie ou une boucherie, pourrait-on se passer d’eux ?
Pour répondre, la conférencière s’interroge sur le pourquoi des musées ? Pourrait-il ne pas y avoir de musées du tout ? Dans sa conférence, Michèle Simonin se propose de décrire les aspects négatifs du musée, puis elle explique en quoi le musée sauve le passé et enfin comment il nourrit le présent.

Les cabinets de curiosité formèrent le noyau des musées, muséums et jardins botaniques. Ici cabinet d’un particulier, Frans II Francken, 1625, Kunsthistorisches Museum, Vienne.

Les aspects négatifs du musée
Les critiques des musées avancent divers arguments.
Le premier porte sur la marginalité du musée dans notre société de consommation. Il n’est ni productif, ni utile. L’argent qui y est consacré ne dégage pas de rentabilité et pourrait être mieux utilisé autrement.
Le second porte sur le côté artificiel du musée. Les objets d’une collection sont présentés dans un lieu spécifique, coupés de leur milieu, ils perdent du sens. Par exemple, le tympan de l’église d’Anzy-le-Duc est présenté au musée du Hiéron. IL n’a donc plus du tout la même fonction que lorsqu’il était vu par les fidèles qui entraient dans l’église.
Le musée est un lieu où règne la subjectivité de ceux qui décident de présenter telle ou telle pièce et non telle autre.
Le musée est tourné vers le passé qui l’emporte sur le présent.
Le nombre d’œuvres présenté est tel que le visiteur n’a pas une capacité suffisante d’attention. Il sature.
Enfin le musée n’est-il pas de fait réservé à une certaine élite ?

Tympan de l’église d’Anzy-le-Duc visible au musée du Hiéron

Le musée sauve le passé
La conférencière montre alors les apports du musée. Ceux-ci sont autant de réponses aux détracteurs.
Un point principal est le rôle essentiel que tient le musée dans la conservation des œuvres dont il assure leur restauration. [le responsable d’un musée est appelé conservateur].
Mais le musée ne conserve que pour présenter les objets de la collection. Cette présentation a pour finalité d’expliquer, de faire comprendre.
La conférencière illustre son propose par le MUCEM (Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée à Marseille) dans lequel les diverses approches (voyages, agriculture, citoyenneté, religions) permettent une compréhension des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée.
Le musée a ainsi une fonction éducative. Il est une médiation entre le passé et le présent.
Le musée n’est pas fait pour une élite, mais il l’est pour tous. Sans les musées, les œuvres restent des propriétés privées généralement inaccessibles.

À la fin du XVe et au début du XVIe siècle, l’idée de la collection qui peut devenir publique s’impose peu à peu parce que les élites de la chrétienté latine des villes italiennes, mais aussi rhénanes et flamandes, sont fascinées par l’Antiquité. La collection particulière qui est principalement centrée sur l’Antiquité se propage dans les milieux intellectuels depuis le milieu du XIVe siècle suivant le grand exemple de Pétrarque. La collection devient chose familière dans un certain milieu intellectuel. Parallèlement, elle se développe dans les cours princières à partir du roi Charles V, roi de France, premier roi collectionneur et non pas seulement propriétaire du trésor (…) Ces deux milieux se rencontrent puisque les humanistes sont au service des princes. C’est dans ce bouillon de culture qu’apparaît un désir confus et au départ inexprimé de rendre publiques des collections qui étaient jusque-là particulières. [Krzysztof Pomian, philosophe, essayiste et historien, directeur de recherche émérite au CNRS cf. émission de France-culture. Pourquoi des musées, disponible en ligne].

Le musée nourrit le présent
Comme un arbre a des racines et des feuilles, le musée est le médiateur entre le passé et le présent.
Il contribue à l’éducation en développant le jugement esthétique, le jugement de goût. Dans notre société consumériste il apporte le sens de la contemplation, du beau.
Les actions de formation et les animations organisées par nombre de musées, dont celui de la Tour du Moulin, sont des moyens mis en œuvre pour atteindre ces objectifs.
Tant par les expositions temporaires présentées que par les musées spécialisés dans l’art contemporain, le musée est partie prenante de l’art actuel qu’il permet à un large public de découvrir.
Et la conférencière conclut son propos par un rêve, celui où pour chacun règne l’esprit de curiosité, de questionnement, d’étonnement, d’émerveillement.
Ce rêve devient réalité grâce aux musées.
Le débat qui suit la conférence permet d’ouvrir d’autres questions qui méritent attention, mais dont les réponses sont bien incertaines : en quoi le numérique modifie-t-il les fonctions du musée ? Pour les musées d’art contemporain, quelles sont la nature et les conséquences des liens entre le marché de l’art, les musées, le jugement critique ? Quelles places, au sein musées, pour des services complémentaires (boutique, cafétéria, autres services…) et quelles sont les conséquences de leur développement ?

Compte-rendu Jacky Darne.

X