Année 2018

Andrée Vallet – Du 18 mai au 2 juillet 2018

Chère Andrée Vallet
Cette exposition s’intitule « Du bazar au grand art ». Mystérieux programme ! Quand je lis, quand je regarde votre travail, je pense spontanément à un poème d’Arthur Rimbaud « Voyelles » qui établit des correspondances étranges entre les lettres et les couleurs; et aussi à un poème de Charles Baudelaire « Correspondances » qui cherche à percer les relations entre l’homme et la nature. Et plus je regarde votre travail, plus je pense à ces deux poèmes, chargés de mystère.

Vous avez étudié à l’école des Beaux-Arts de Saint-Etienne, puis à celle de Mâcon, vous vous êtes orientée très tôt vers la technique du collage, trouvant ici votre moyen d’expression privilégié, associé à l’écriture poétique. Mais n’avez jamais entretenu un lien professionnel avec l’art. Vous avez exercé votre passion chez vous, tôt le matin dans le silence de la maison, découpant, collectionnant, empilant, assemblant, collant ce qu’on pourrait appeler des petits bouts de papier ; et en parallèle, assemblant des mots précieux et rares. Ces deux activités se conjuguant pour arriver à l’alchimie – j’emploie ce mot à dessein – que nous découvrons aujourd’hui et qui établit de subtiles liaisons entre les images et les mots.

Un mystérieux, un ésotérique bazar, voilà bien ce que j’ai vu au premier abord lorsque je vous ai rencontrée à votre atelier de Pont-sur-Yonne. Surprise et intriguée devant votre travail, j’ai découvert en vous une personne secrète, qui cherche à explorer les correspondances indicibles et invisibles, que seuls les visionnaires sont à même de nous livrer.
Chacun verra dans votre œuvre ce qui s’adresse à ses yeux, à son cœur, à sa sensibilité, à son intelligence. Tous verront des visages, des fleurs, des oiseaux, des plantes. Certains penseront aux poètes que j’ai cités précédemment, d’autres aux surréalistes et à l’Oulipo. Mais tous assisteront à une explosion de couleurs, et suivront avec curiosité votre cheminement en spirale, en ammonite dites-vous, dans les trois étapes de cette exposition, où l’art graphique correspond avec l’art littéraire, où l’un ne va pas sans l’autre.

Extrait du discours inaugural prononcé par Roseline Fricaudet.


Brigitte Pénicaud – Du 12 juillet au 5 novembre 2018

Brigitte Pénicaud
Née à Paris en 1954, Brigitte Pénicaud commence à travailler la terre en 1971. Depuis 2005, elle travaille et vit aux Places de Prissac, à la limite du Berry, où se trouve son atelier. Elle est membre de l’Académie internationale de céramique depuis 2005.
Sa maîtrise de la terre, du feu et du tour lui permet une grande liberté créative et un affranchissement des codes, nombreux, de la production céramique. Jeu sur les couleurs, sur les formes, sur les dimensions, Brigitte Pénicaud s’inspire avant tout de la nature pour retrouver l’essence organique d’un matériau brut comme la terre. Elle explore le grès de la Puisaye, donne vie à des pièces, puis les colore de sa multiple palette, d’engobes, de craies, et d’émaux de cendres de bouleau, de foin et de vigne…
Ses œuvres originales et fortes offriront une vision contemporaine, joyeuse et colorée, aux antipodes des collections du musée de la Tour du Moulin constituées de chefs-d’œuvre de la céramique classique, des faïences Renaissance aux délicates porcelaines manufacturées.

Auteur photo : Béatrix Torma
Auteur photo : Béatrix Torma

Michel Le Gentil 2016

Plus Brigitte Pénicaud avance sur ce chemin de crète qu’elle s’est choisi, plus elle est dans l’affirmation d’elle-même, et plus elle est dans l’effacement de l’objet qu’elle crée. Elle me disait d’ailleurs un jour faire des « souvenirs de pichet ». En réalité, l’objet n’a pas disparu, mais il a trouvé en plus une réalité picturale. Aussi le prend-on non plus seulement pour ce qu’il est (un pichet, un vase), mais pour ce qu’il nous dit du monde.
Le décor n’est plus là pour enjoliver une pièce mais pour interroger sur le sens que nous pouvons donner à la vie. Brigitte peint avec ses nerfs, ses tendons, sa tête, de tout son corps, avec la même énergie que mettait un Alan Ginsbergh à réciter des mantras dans les rues de New-York. Il faut voir son art comme une pratique spirituelle qui vise la justesse d’une vision, la vérité d’un sentiment. Rien d’autre. Brigitte Pénicaud veut croire à la beauté du monde même au « misérable miracle » (H. Michaux) que nous révèle le vol des premières hirondelles d’avril). Elle ne délivre pas de message, elle nous délivre. Son rapport au monde n’est aliéné à aucun diktat, ni mode, ni courant ; c’est de là que vient la rareté de ses pièces. Dans cette quête à laquelle elle se livre, ce qui est en jeu est un travail de pacification. Être en paix avec soi-même et avec le monde ne se fait qu’au prix d’une résistance fiévreuse, entêtée et solitaire car sur les chemins de crête on est forcément seul(e).

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